Dans les organisations contemporaines, le harcèlement moral – souvent désigné en Suisse sous le terme de mobbing – ne peut plus être considéré comme un dysfonctionnement isolé ni comme un simple conflit interpersonnel. Il s’agit d’un risque organisationnel majeur, aux conséquences humaines, juridiques et réputationnelles significatives.
Managers et professionnels RH se trouvent dès lors en première ligne, appelés à agir avec justesse, rapidité et discernement. Lorsque la frontière entre tensions professionnelles, conflit ouvert et harcèlement moral est floue, la posture adoptée devient déterminante. Encore faut-il disposer de repères et d’outils adaptés pour intervenir de manière appropriée, tout en préservant les intérêts de l’ensemble des parties.
Le cadre légal suisse : une responsabilité claire de l’employeur
En Suisse, le harcèlement moral n’est pas défini par un article unique est solidement encadré par plusieurs textes fondamentaux.
L’article 328 du Code des obligations (CO) impose à l’employeur — et, par extension, aux managers — de protéger et de respecter la personnalité du travailleur. Cette obligation inclut expressément la prévention et la protection contre le harcèlement psychologique. La Loi sur le travail (LTr) renforce cette exigence en imposant à l’employeur de garantir la santé des collaborateurs, y compris leur santé psychique.
La jurisprudence suisse est constante sur ce point : l’inaction de l’employeur face à une situation de harcèlement peut engager sa responsabilité, même en l’absence de participation directe aux faits. Pour les managers et les professionnels RH, il ne s’agit donc pas seulement de prévenir les risques, mais aussi d’intervenir sans délai pour faire cesser toute atteinte.
Harcèlement moral : sortir d’une lecture individualisante
Une erreur fréquente consiste à appréhender le harcèlement moral à travers le prisme réducteur de la « personnalité difficile » ou de la « victime fragile ». Cette lecture individualisante, encore largement répandue, occulte les mécanismes réels à l’œuvre et peut s’avérer particulièrement dangereuse.
À l’inverse, une approche systémique permet de mettre en lumière le fait que le harcèlement moral :
- s’inscrit dans un contexte organisationnel spécifique,
- est souvent favorisé, voire renforcé, par des modes de management implicites ou inadaptés,
- prospère dans des zones de flou telles que des rôles mal définis, une surcharge chronique ou l’absence de régulation managériale.
Si cette dimension organisationnelle est essentielle, il ne faut pas pour autant minimiser ses conséquences humaines. Les effets psychologiques et relationnels sont souvent profonds, notamment lorsque s’installe une mise à l’écart progressive. À ce sujet, nous approfondissons cette dimension dans notre article dédié : « Harcèlement moral et isolement : l’impact silencieux sur les victimes ».
Dans ce contexte, la posture managériale et RH devient centrale. Elle conditionne la capacité de l’organisation à identifier les signaux faibles, à agir sur les causes structurelles et à prévenir la répétition des situations de harcèlement.
La posture attendue du manager : ni juge, ni sauveur
Pour être en mesure de détecter des comportements toxiques et d’agir de manière appropriée, les collaborateurs doivent d’abord être sensibilisés à ce que recouvrent ces situations, ainsi qu’aux leviers d’action existants. Cette sensibilisation constitue un préalable indispensable à toute démarche de prévention efficace.
Les managers occupent une position centrale dans la prévention du harcèlement moral et des comportements toxiques. Leur rôle ne se limite pas à une fonction opérationnelle : il est également relationnel, éthique et symbolique. Soutenir les managers, les outiller et les sécuriser dans leur rôle est donc une condition essentielle pour prévenir les dérives et favoriser un climat de travail sain.
Une formation ou une sensibilisation adaptée permet aux managers de reconnaître les signaux du harcèlement moral, de favoriser l’expression des difficultés et de gérer des situations sensibles sans générer de peur ni de stigmatisation. La posture juste du manager repose dès lors sur trois piliers fondamentaux : une vigilance active, une neutralité engagée et une action rapide et proportionnée.
1. Une vigilance active
Le manager doit être capable de détecter les signaux précoces de harcèlement moral : isolement progressif d’un collaborateur, changements notables de comportement, dénigrements répétés, sarcasmes constants, surcharge ciblée ou rotation anormale des tâches. En Suisse, la jurisprudence met l’accent sur le caractère répété et systématique des comportements, davantage que sur leur intensité ponctuelle. Cela signifie que même des actions qui paraissent isolées peuvent constituer du harcèlement si elles s’inscrivent dans un schéma répétitif ou organisé.
Une vigilance active implique donc non seulement d’observer ces signaux, mais aussi de documenter et de suivre les situations dès leur apparition, afin de pouvoir agir de manière appropriée et prévenir l’escalade.
2. Une neutralité engagée
La neutralité ne signifie pas l’inaction. Le manager doit créer un espace de parole sécurisé, permettant à la victime potentielle de s’exprimer sans chercher à établir immédiatement une vérité définitive. Sa responsabilité consiste à protéger les personnes concernées et à activer les processus internes, sans avoir à mener seul l’enquête.
3. Une action rapide et proportionnée
Chaque signalement doit être documenté, traité et suivi. Le droit suisse valorise les démarches de prévention et d’intervention précoces. Toute réaction tardive peut être interprétée comme une tolérance implicite des comportements signalés.
Le rôle stratégique des RH : garants du cadre et du processus
Les RH occupent une position charnière : partenaires des managers, soutien des collaborateurs et garants du cadre légal et éthique.
Leur posture doit être irréprochable :
- Prendre au sérieux toutes les allégations de harcèlement moral.
- Offrir écoute active et conseils basés sur les processus internes.
- Maintenir une neutralité stricte envers toutes les parties.
- Mettre en œuvre, avec les services compétents, les mesures de protection nécessaires.
- Accompagner les parties durant une enquête interne ou médiation.
- Assurer le suivi et la mise en œuvre des mesures subséquentes.
En Suisse, les entreprises qui démontrent une politique active de prévention du mobbing — codes de conduite, processus internes clairs, formations, désignation d’une personne de confiance, enquêtes structurées et protection contre les représailles — bénéficient d’une meilleure protection juridique en cas de contentieux.
Pourquoi le coaching stratégique externe change la donne ?
Même avec la meilleure volonté interne, certaines situations sont trop complexes, émotionnellement chargées ou profondément ancrées dans l’histoire de l’organisation.
C’est là que l’intervention d’une personne de confiance externe, agissant comme coach systémique stratégique, prend tout son sens.
Formée au droit, à la médiation et au coaching — notamment selon l’approche systémique de Palo Alto —, elle agit de manière strictement confidentielle, offrant un soutien neutre et efficace pour clarifier les situations et orienter sur les actions à mener.
1. Un regard systémique et décentré
Le coach systémique stratégique n’est ni juge ni partie prenante. Il observe les interactions, les jeux de pouvoir et les non-dits, travaillant sur le système dans son ensemble, et pas seulement sur les individus.
2. Un ajustement des postures managériales
Le harcèlement moral s’inscrit souvent dans des styles de management involontairement permissifs ou paradoxaux. Le coaching permet alors de :
- Renforcer l’assertivité.
- Clarifier les rôles et responsabilités.
- Restaurer une autorité juste et légitime.
3. Une prévention durable
Contrairement aux solutions ponctuelles, le coaching stratégique Palo Alto agit en profondeur. Il transforme les modes d’interaction et de régulation et réduit significativement le risque de récidive.
Renforcer discernement et responsabilité : la posture attendue des managers et des RH
Face au harcèlement moral, la question n’est plus de savoir si l’organisation doit intervenir, mais comment elle choisit d’agir.
Adopter une approche claire, systémique et juridiquement informée est désormais une exigence pour les managers et les RH en Suisse. Former le personnel, offrir un accompagnement adapté et, si nécessaire, solliciter un expert externe n’est pas un signe de faiblesse, mais un véritable acte de leadership.
Un environnement de travail sain ne se mesure pas à l’absence de conflits, mais à la capacité collective à les gérer avec responsabilité, courage et humanité.
