Tout employé victime de harcèlement sexuel, ou témoin d’une situation de ce type, doit pouvoir agir en toute confiance au sein de son entreprise. Pour cela, il est essentiel que les processus applicables soient clairs et accessibles à tous. Les mécanismes internes de gestion des plaintes et des signalements doivent garantir un traitement indépendant des plaintes pour harcèlement sexuel, ainsi que la mise en place de mesures de protection pour le ou les plaignants. Prenons l’exemple de Sarah, victime de harcèlement sexuel de la part de son collègue, Marc.
La situation de Sarah
Vous êtes peut-être dans une situation similaire à celle de Sarah, qui est harcelée par son collègue de travail, Marc. Malgré ses refus et différentes tentatives pour éloigner Marc, ce dernier se montre insistant. Sarah en arrive à se demander si elle n’est pas coupable, si son attitude donnerait espoir à Marc malgré ses efforts. Elle tente différentes stratégies pour que cette situation cesse, en vain. Cela est d’autant plus difficile que Marc et Sarah doivent collaborer au quotidien sur un projet important. Sarah est de plus en plus mal à l’aise. Elle craint d’en parler à son manager car elle est plus récente que Marc dans l’équipe et il est très apprécié. En outre, elle a le sentiment que cela pourrait être mal perçu. Elle ne souhaite pas se comporter en victime. Lorsque ses collègues lui demandent si tout va bien, elle répond par l’affirmative. Elle sent bien que ces derniers ont noté certains comportements inappropriés de Marc. Marc, de son côté, oscille entre gentillesse et agressivité. Il lui envoie des messages insistants, il la surveille, il fait des remarques sur ses tenues vestimentaires et la frôle en passant. En réunion, il la regarde avec insistance, de haut en bas, ce qui la met très mal à l’aise. Sarah est très mal, angoissée et envisage même de démissionner. Elle ne sait pas quoi faire ni vers qui se tourner.
Mieux comprendre le harcèlement sexuel
Le harcèlement sexuel se réfère à « toute forme de comportement à caractère sexuel qui est importun, non désiré ou qui crée un environnement de travail hostile« , selon l’article 328 du Code pénal suisse. Il peut se manifester par des gestes, des propos inappropriés, des regards insistants ou des contacts physiques non sollicités. Il peut aussi inclure des demandes de faveurs sexuelles ou des propositions d’avantages en échange de bénéfices professionnels.
L’attitude de Marc envers Sarah est clairement inappropriée et relève du harcèlement sexuel. Elle peut avoir des conséquences graves pour la santé mentale et émotionnelle de Sarah. Sarah doit pouvoir travailler dans un environnement sûr et respectueux. Il est important qu’elle demande de l’aide au sein de son entreprise.
L‘obligation de l’employeur de protéger ses collaborateurs
L’employeur et donc, le manager, ont l’obligation de protéger leurs collaborateurs contre tout comportement inapproprié. Selon l’article 328 du Code pénal suisse et l’article 6 de la Loi sur l’égalité entre hommes et femmes (LEg), les employeurs doivent prendre des mesures pour prévenir le harcèlement sexuel et protéger les victimes. L’employeur doit également mettre en œuvre une politique de tolérance zéro à l’égard du harcèlement sexuel et des procédures de signalement claires et accessibles.
Pour approfondir le cadre légal applicable, découvrez notre article : Que dit la loi sur le harcèlement sexuel au travail en Suisse ?
Documentez les incidents
Il est important que Sarah documente tous les incidents auxquels elle est confrontée avec Marc, en notant les dates, les heures, les lieux, les personnes présentes et les détails de ce qui s’est passé. Elle conservera ainsi toutes les preuves, telles que les messages, les courriels, les lettres, etc. Lorsqu’elle décidera d’agir, cela lui permettra de s’assurer que sa situation soit rapidement prise au sérieux et que son employeur soit en mesure d’agir.
Demandez de l’aide
La clé pour mettre fin à une situation de harcèlement sexuel est d’en parler. Ne pas parler ne fera en effet qu’aggraver la situation et rendra Sarah plus vulnérable. Sarah pourra donc parler à quelqu’un de confiance, que ce soit un ami, un membre de la famille, la personne de confiance de son entreprise ou un professionnel de santé. De nombreuses ressources sont aujourd’hui mises à disposition des employés au sein des entreprises. Certaines associations spécialisées dans la lutte contre le harcèlement sexuel peuvent aussi être d’une grande aide dans ces situations.
1. Contactez les ressources humaines ou votre hiérarchie
Sarah pourrait contacter sa hiérarchie pour signaler les faits et demander de l’aide. Son supérieur hiérarchique a en effet l’obligation de prendre des mesures pour la protéger contre le harcèlement sexuel. Il devra donc faire cesser le harcèlement et s’assurer que Sarah est en mesure de travailler sereinement.
2. Contactez la personne de confiance
Les employeurs suisses se doivent de désigner une personne de confiance indépendante, de préférence médiatrice, pour accompagner les employés confrontés à différentes problématiques et notamment, le harcèlement sexuel.
La personne de confiance joue un rôle clé dans la prévention et la gestion du harcèlement sexuel en milieu de travail. Elle est neutre, impartiale et intervient confidentiellement. Elle pourra explorer avec Sarah les options disponibles pour solutionner son problème, répondre à ses questions sur les processus applicables et la rassurera dans toute démarche qu’elle souhaitera entreprendre.
Que faire si vous êtes témoin ?
Les collègues de Sarah, s’ils sont témoins de comportements inappropriés, se doivent d’agir de façon réfléchie et proportionnée, tout en ne se mettant pas eux-mêmes en difficulté. Il s’agira, par exemple, d’échanger avec Sarah, d’informer son manager ou les ressources humaines de leurs doutes ou même de prendre conseil auprès de la personne de confiance désignée. Il est également important de ne pas laisser faire en silence car cela pourrait donner le sentiment à Sarah que son harceleur est soutenu.
Protégez vos collaborateurs contre le harcèlement sexuel
L’employeur et donc, le manager, ont l’obligation de protéger ses collaborateurs contre le harcèlement sexuel. Pour cela, il est essentiel de prendre les mesures suivantes :
- informer et former les employés sur les questions de harcèlement sexuel, sur les processus de signalement et les procédures en place ;
- s’assurer que ces processus soient rassurants, efficaces et accessibles à tous ;
- mettre en oeuvre une politique de tolérance zéro en cas de représailles;
- veiller à ce que les mécanismes en place soient adaptés pour répondre aux besoins des victimes.
En prenant ces mesures, on s’assurera que les employés se sentent libres de signaler les incidents de harcèlement.
